RETRO : Marseille – Paris il y a 100 ans !

velo conceptL’Ultra distance en cyclisme est loin d’être un phénomène récent, puisque les cyclistes d’un autre siècle étaient eux aussi des spécialistes des distances extrêmes, d’ailleurs l’histoire de la compétition cycliste est faite d’anecdotes et légendes d’une époque où passer plusieurs jours sur son vélo était une pratique courante.

Aujourd’hui le T.G.V. Méditerranée accomplit la distance en 3 heures. Il y a tout juste 100 ans, Lucien LESNA avait mis treize fois plus de temps pour remporter l’unique édition de Marseille-Paris. Un véritable exploit.

Vainqueur moral de Paris-Brest Paris en 1901, puisqu’il était en tête de l’épreuve avec une confortable avance lorsqu’une insolation l’obligea à abandonner, Lucien LESNA entend bien prendre sa revanche à l’occasion de ce premier Marseille Paris le 18 mai 1902 sur une distance de 938 km.
L’année précédente l’avait cependant vu remporter à la fois Paris Roubaix et Bordeaux Paris, mais il tenait à cette victoire et aussi à laminer ce Maurice GARIN donné favori par beaucoup, ce qui a le don de l’énerver passablement.

Il s’est entraîné dur pour cela et vient de couvrir 6000 km en 2 mois y compris en Algérie et en Tunisie.
Dire que Lucien est de mauvais poil quand il est réveillé à minuit c’est peu dire, en effet Garin vient de déclarer forfait, prétextant des douleurs à la jambe inexpliquées, il se venge alors sur 6 œufs et 3 tasses de chocolat.
À 3 heures du matin, le départ est donné sur l’Esplanade des Quinquonces noire de monde et dans l’obscurité des premiers kilomètres une chute collective jette Lucien à terre, vélo brisé. Une fois dépanné, il ne cesse de remonter les concurrents pour s’installer en tête de la course à l’approche de Salon-de-Provence.

Commence alors un raid solitaire des plus épiques.
Il roule seul contre le mistral jusqu’à Valence, puis une pluie torrentielle s’abat sur l’épreuve à partir de Dijon, il est obligé de passer des vêtements secs à chaque contrôle, ne prêtant guère attention aux centaines de cyclistes qui l’accompagnent pour quelques kilomètres.
Il pédale comme un sourd, maculé de boue de la tête aux pieds et n’apprendra qu’après l’arrivée le décès de son ami le Belge Charles Kerft, mort sur la route d’une rupture d’anévrisme.

Il continue, omnibulé par la victoire et par un record qui fera de lui un vrai crack.
De fait, à l’arrivée au Parc des Princes où il est attendu par plus de vingt mille personnes son second Rodolphe Muller est à plus de 7 heures.
Il jubile, il a dévoré les 938 km en 38 heures et 43 minutes. Le champion ne sait pas que cette édition sera la dernière car les espoirs des organisateurs de l’épreuve l’Auto Journal sont maintenant penchés sur la première édition du Tour de France cycliste qui verra le jour en 1903.
Mais Lucien Lesna ne connaîtra jamais le Tour de France, jugé trop vieux et dangereux pour l’espoir Maurice Garin, il sera éjecté du milieu puis il se fracturera le genou en disputant Paris Madrid.
En guise de consolation Lesna pourra se dire qu’il restera l’unique vainqueur de Marseille-Paris, épreuve jugée tellement difficile qu’elle n’aura connu qu’une seule édition.

Le JDC. 09/2002. Droits réservés