Ultravélo # 4: Dormir ou pas!

velo conceptImportant: Cet article a été écrit en 2006, il faut donc revenir au contexte de l’époque et du règlement spécifique de la RAAM à cette période. Depuis les choses ont évolué, les Ultras ne dorment (pratiquement…) plus et les plus endurants restent les gagnants!…

Dormir ou ne pas dormir: Telle est la question de la RAAM…

Pour la plupart, la definition la plus simple du Cyclisme Ultra d’endurance est de rouler aussi loin que l’on peut, aussi rapidement que possible et avec de petits arrêts de sommeil, dans la mesure du possible…
Mais Jim Pitre, le Directeur de la RAAM, lui même ancien participant, vient de prendre la décision de mettre en place la catégorie “Enduro”, qui impose que les participants Solos devront s’arréter pendant 40 heures , sur les 4900 km (3000 miles) de leur périple, (Précision utile: La catérorie
”Traditionnelle” ne sera pas supprimée, mais réservée aux rouleurs expérimentés ayant déjà accompli la RAAM ou apporté la preuve d’une endurance hors normes.)
Comme le dit Jim Pitre, nous ne pouvons plus permettre à des “chevaux” ou à des « chiens » de parcourir la RAAM dans sa version traditionnelle”…
Donc, on réfléchit!…

De très longs palabres ont suivi et spéculé sur la raison de la création de ces nouvelles règles et Jim Pitre a clairement précisé que les raisons commerciales… ainsi que la sécurité des participants avaient été les facteurs déterminants.
De fait, la technologie et les ressources humaines nécéssaires au déroulement de la RAAM sont considérables.
Puisque la RAAM est maintenant un évenement attendu et indiscutable, il devient nécessaire de développer l’épreuve avant qu’elle n’échappe à ses organisateurs, pour conclure Jim Pitre pense que la RAAM est considérée comme “trop extrême” pour attirer les gros sponsors.
Ce sentiment est partagé et publié par Paul Skilbeck, l’actuel Directeur de la communication de l’épreuve sur le site Web de la RAAM.

Paul Skilbeck écrit:
“En 1994, j’étais reporter free lance en Angleterre, je travaillais parfois pour le magazine Vélo News. Lors d’un de mes voyages aux USA, j’ai alors entendu parler de la RAAM et après que l’on m’ait expliqué quelle était la nature de cette épreuve était le terrain de jeu d’un groupe marginal, qui se donnait quelque chose à prouver…Il ne s’agissait pas à mes yeux d’une course proprement dite.
Mon éditeur fut d’accord avec ce point de vue, j’étais à cette époque l’un des journalistes spécialisés en cyclisme, les plus actifs, mais tout naturellement, j’ai écarté a RAAM de mes chroniques.”

Ainsi de manière officielle, la RAAM se rapproche des pratiques plus conventionnelles du cyclisme de compétition, ce qui fait espérer à Jim Pitre que son épreuve exercera une attractivité sur une base plus large, à partir de cet élargissement de cible.

Des spécialistes comme Jure Robic ou Allen larsen devraient donc être handicapés par cette nouvelle catégorie “Enduro”, eux qui sont habitués à rouler avec de très faibles périodes de sommeil, tandis que d’autres comme Marko Baloh sont plutôt optimistes avec cette nouvelle catégorie.

J’ai demandé à David Haase, qui termina à la quatrième place l’an passé, s’il s’alignerait dans cette catégorie Enduro ou dans la catégorie “Traditionnelle” qui sera toutefois conservée, mais il a refusé de commenter ces dispositions. De fait Haase est un rouleur qui peut tirer parti des deux formules.

Comme Lon Haldeman le dit, “La catégorie “Traditionnelle” sera la plus difficile à terminer et la catégorie “Enduro” sera la plus difficile à gagner….

Cette nouvelle catégorie “Enduro” accueille cependant une nouvelle espèce de rouleur, plus jeune, plus rapide et surement plus costaud.
Tout comme il est admis que les athlètes matures et expérimentés ont un meilleur contrôle de leur force mentale.
Cependant l’intensité dans laquelle vont évoluer ceux qui partent pour remporter cette catégorie “Enduro” est démentielle. En effet, ils vont devoir tenir une vitesse moyenne d’environ 5 km/h plus rapides pour être concurentiels avec les meilleurs “traditionnels”. Cette difference pourrait être dramatique et une force mentale supplementaire devrait être également nécessaire pour ces concurrents de l’Enduro venus pour jouer la gagne..
Puis ceux qui viennent à la RAAM pour terminer et non pas jouer le résultat, pourront s’adapter à ces nouvelles règles dans le but d’accomplir leur périple tout en préservant leurs ressources.

A la RAAM, les rouleurs souhaitent s’arréter, mais souvent ils remettent toujours à plus tard le moment de se reposer et ainsi “perdent du temps” sur la selle. De fait quand leur énergie disparaît et que l’urgence de dormir se fait sentir, leur repos est parfois anti productif pour leurs forces futures.
La nouvelle catégorie “Enduro” va permettre une gestion programmée des temps de sommeil, laquelle “sur le papier” pourra laisser la place à une stratégie de course.
Si les rouleurs s’adaptent et que ce nouveau style s’installe, nous pourrions envisager la RAAM du futur, plus rapide et plus “humaine” même si elle n’apparaît pas plus sécurisée.

Deux accidents tragiques sont survenus sur la RAAM ces 3 dernières années, puisque les causes de ces accidents sont encore mal précisées, il est difficile d’admettre que le manque de sommeil en soit la raison principale.
Cependant Jim Pitre souligne “ Je suis d’accord qu’un repos mieux programmé aurait pu intervenir pour prevenir ces deux fatalités, toutefois je pense que les accidents plus ordinaires pourront être empéchés par ces nouvelles dispositions. Mike Trevino, l’an passé est tombé et s’est cassé l’épaule, dans un cas (c’est mon opinion) qui aurait pu être évité avec un repos plus efficace.
Les attitudes de Robic et autres Ultras, qui parfois “utilisent toute la route” seront moins flagrantes, je crois que la RAAM sera plus sure avec l’Enduro, du moins je l’espère!”…

Personne ne souhaite revenir estropié de la RAAM il y a sur ce sujet une polémique en cours. Un Ultra (qui souhaite rester anonyme) m’a dit que partir sur la RAAM en enduro, était une énorme frustration, comme un acte sexuel transgressé (sic…).

Ce doit être vrai que nous ne devrions pas laisser les chiens sur la RAAM, mais les chiens ne grimpent pas l’Everest, et cela ne signifie pas non plus que l’on doive cesser de rouler ou de grimper!…

Pour le moment, peu d’épreuves sont concernées par ce débat, elles ne sont pas nombreuses. Guus Moonen (organisateur du Tour Ultime) qui a déjà terminé la RAAM , précise que ce type de règle ne sera pas prévu dans le cadre de son épreuve, mais indique qu’il sera toujours temps dans le futur d’envisager des aménagements.

Si Jim Pitre a raison, il devrait se tourner vers une marque de sirop contre la toux comme sponsor, car s’il est facile à avaler, ce médicament n’est pas toujours bon…

Perry Stone.15 mars 2006.

Ultravélo. (Parution selon l’actualité.)
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